Au centre, Alain Batty, ex-CEO de Ford Canada, à sa droite David Massé, Professeur à Télécom ParisTech et co-responsable du Mastère Spécialisé MPT (ESSEC -Télécom) et les étudiants de la promotion 2016/2017– Crédit : Xavier Granet
Au centre, Alain Batty, ex-CEO de Ford Canada, à sa droite David Massé, Professeur à Télécom ParisTech et co-responsable du Mastère Spécialisé MPT (ESSEC -Télécom) et les étudiants de la promotion 2016/2017– Crédit : Xavier Granet

Alain Batty, professeur d’un jour

L’ex-CEO et président de Ford Canada rencontre les étudiants du Mastère Spécialisé® Management de Projets Technologiques

24 février 2017

Alain Batty, ex-CEO de Ford Canada, Professeur Associé à HEC Montréal et Juge au Tribunal de Commerce de Paris, s’est prêté au jeu de professeur d’un jour devant les étudiants du Mastère Spécialisé® Management de Projets Technologiques de Télécom ParisTech. Son objectif ? Partager avec les étudiants du MS son expérience en tant que CEO et leur donner quelques grilles de lecture du métier.

Pour Alain Batty être CEO d’un grand groupe ne s’improvise pas. Cela s’acquiert étape par étape.

L’humain est primordial

Alain Batty à Télécom ParisTech donne un cours aux étudiants du MS Management de Projets Technologiques

Alain Batty à Télécom ParisTech devient professeur d’un jour pour le MS Management de Projets Technologiques – Crédit : Xavier Granet

Lorsque l’on est CEO d’une multinationale, il est important de ne pas négliger le caractère humain que l’on entretient avec ses employés. Cela passe par des gestes simples : saluer ses employés dans les couloirs, s’adresser à eux par mail en commençant par leur prénom…

« Ce n’est pas en s’imposant, en criant ou en dictant qu’on acquière de l’autorité. On a l’autorité que les autres nous donnent. Si vous souhaitez être CEO, il est important que vos collaborateurs aient envie de travailler avec vous. »

Le métier de CEO s’apprend

« Quand vous arrivez CEO, il y a plus de choses que vous ne savez pas que de choses que vous savez. »

On ne s’improvise pas CEO. Devenir CEO c’est passer d’un poste où l’on est très pointu fonctionnellement à un poste où l’on a des personnes sous sa responsabilité qui sont également très pointues dans leur domaine (que l’on ne maîtrise pas forcément). En tant que CEO, il n’est pas possible de tout savoir. Il faut avoir l’humilité de l’accepter.

Le réseau : l’outil le plus puissant que l’on peut avoir

Pour Alain Batty, il est primordial de ne pas négliger le relationnel. L’avantage de sortir d’une grande école est que l’on peut déjà bénéficier d’un important réseau d’anciens. Entretenir ces relations passe par des gestes simples comme envoyer un SMS pour prendre des nouvelles, etc. Ces petits actes du quotidien ne coûtent pas grand-chose sur le moment mais marquent les esprits sur la durée.

5 dimensions à considérer pour être un bon CEO :

  • Le leadership
    La mission du CEO est de motiver et de dynamiser l’organisation. Pour cela, il est important de définir et faire pénétrer dans l’organisation la culture de l’entreprise. Toutes vos actions façonnent votre image. Être exigeant, mais équitable donnera à tous l’envie de travailler avec vous.

« Les gens aiment travailler pour les gagnants. Créer du succès est important. Cela passe par les petites victoires. Il est important de commencer sa journée en ayant envie de travailler les uns avec les autres et de sentir valorisé et respecté. »

  • La stratégie
    Chaque entreprise a une stratégie. Un des rôles du CEO est de comprendre cette stratégie et de s’assurer qu’elle est bien appliquée. La stratégie change selon les entreprises et les CEO.
    Par exemple, pour Xavier Fontanet « la stratégie c’est du pif et des tripes et la confiance est probablement le grand actif d’une société ».
    Pour Henry Mintzberg, la meilleure stratégie est « Find out what you are good at and become better at it ».
    Pour Alain Batty, cette dernière citation représente l’histoire de sa vie. Par exemple, Ford, en tant que constructeur automobile, a pour spécialité la fabrication de voitures. Donc, même s’il y a de nombreuses opportunités dans le secteur de l’informatique, il ne va pas se lancer dans ce domaine qu’il ne maîtrise pas.

« On doit s’appliquer à faire marcher de mieux en mieux ce que l’on sait faire. »

Enfin, il est très important de fixer des objectifs au-delà de la zone de confort de ses employés. Cela permet de développer leurs compétences. Néanmoins, Alain Batty insiste sur la façon de se comporter positivement avec eux même s’ils ratent leurs objectifs. Il faut les mettre en confiance.

  • Le management d’équipe
    Il faut prévoir un plan de développement des employés à tous les niveaux. Si un employé menace de partir, il doit déjà y avoir un plan de succession prévu pour le remplacer. Il faut également prévoir des plans de développement des employés à tous les niveaux.
  • Operating metrics : les tableaux classiques de mesure, de qualité, de part de marché etc…d’utilisation de la capacité… sont nécessaires et indispensables car on ne peut atteindre et dépasser ses objectifs que si on mesure
  • Les relations avec les parties externes
    La seule règle à retenir avec la presse, lors d’un discours officiel ou de rencontres informelles, est : «  vous ne dites que ce que vous accepteriez de voir publié dans la presse demain matin ». Tous les employés de l’entreprise doivent avoir le même discours. Tout ce qui est communiqué doit être passé au filtre, il s’agit de l’image de l’entreprise et de la perception du monde extérieur mais aussi des employés qui sont naturellement exposé aux média

« Si vous ne voulez pas retrouver l’information dans la presse, ne la communiquez pas ! »

De manager à leader

Passer de manager à leader, c’est passer d’une fonction spécialiste (manager son équipe) à généraliste (gérer toute l’entreprise).

Une transformation personnelle est nécessaire. La plupart des grandes entreprises vous préparent à cela en vous faisant gravir les échelons pas à pas. Les formations complémentaires telles que les EMBA permettent de gagner du temps.

Pour Alain Batty, les traits de caractère que doit posséder un leader sont : l’intelligence, la détermination, mais également (et peut être même surtout) l’intelligence émotionnelle (savoir lire les gens, leur expliquer…)

Construire des leaders à tous les niveaux

L’idéal est que le concept de leader arrive à tous les niveaux de l’entreprise. Les directeurs de pôles doivent également être des leaders. Le rôle du CEO est de développer ces rôles de leaders et faire en sorte qu’ils soient aussi « forts » que lui, aussi empathiques, aussi décisifs. Ils doivent tous être en mesure de savoir ce qu’ils ont à faire tout en développant la stratégie de l’entreprise.

Alain Batty conclut en expliquant que, selon lui, une des meilleures façons de devenir une meilleure personne est de faire une évaluation personnelle à 360°. C’est-à-dire, à travers les avis des employés, collègues, syndicats, journalistes, fournisseurs, clients…