Le secteur des télécommunications japonais : Structure du marché et enjeux de croissance

Au cours de son voyage d’études au Japon, la promotion du mastère spécialisé management de projets technologiques de l’ESSEC et de Télécom ParisTech a eu l’opportunité de visiter les locaux de la compagnie de télécommunications japonaise à Tokyo. Cette rencontre avec plusieurs hauts responsables de la partie Marketing/Finance a permis aux étudiants d’appréhender la facette business de NTT qui présente peu de similitudes avec son homologue français Orange.

 Nippon Telegraph and Telephone (NTT) VS Orange

NTT et Orange sont tous deux de très grands groupes internationaux issus d’opérateurs télécoms nationaux. En quelques chiffres, NTT est classé #50 dans le classement Fortune Global 500 et Orange est classé #210. NTT est le troisième grand opérateur mondial des télécommunications avec 109 Md$ de revenus, 7,384 Md$ de profits, et il est un leader incontestable sur le marché japonais des télécommunications. Orange avec 43,7 Md$ de revenus et 3,245 Md$ de profits se classe à la 13e place[1]. Cependant, dans le classement des opérateurs de téléphonie mobile par nombre de clients, Orange se classe à la 11e place avec 211,5 millions d’abonnés contre seulement 75 millions pour NTT Döcomo qui se situe à la 30e place. L’entreprise japonaise emploie 275,000 personnes dans 88 pays dans le monde contre 155,000 employés chez Orange dans 29 pays. Enfin, NTT investit annuellement plus de 2 Md$ en R&D (Orange ~1 Md$).

Au Japon, les concurrents de NTT sont les géants SoftBank (66,5 Md$ de revenus, 7e rang mondial) et KDDI (30 Md$ de revenus et 14e rang mondial), alors que Bouygues Telecom (CA : 6,191 Md$), Free (CA : 5,065 Md$) et SFR (CA : 3,290 Md$) n’apparaissent pas dans ce classement des grands opérateurs mondiaux des télécommunications. Nous observons donc des conditions commerciales et concurrentielles différentes qui impliquent des décisions stratégiques économiques adaptées.

NTT

A la différence d’Orange qui s’est émancipée de l’Etat ayant abandonné sa minorité de blocage en 2007, l’Etat japonais détient encore 23% de l’entreprise NTT, qui n’est donc toujours pas dégagée de l’emprise étatique. L’entreprise a dû pourtant se dissocier en 4 compagnies distinctes en 1999 sous l’impulsion politique japonaise, dans le but d’éviter le monopole et d’ouvrir le marché des télécoms à la concurrence. Dès ce moment chacune des branches a dû faire face à la concurrence dans son secteur d’activité.

Un secteur en pleine mutation

TNTL’entreprise a subi, en 2003, les effets de la baisse du fixe et de l’augmentation du mobile. Ces effets, largement partagés par tous les opérateurs télécoms dans le monde ont entrainé des développements inégaux en fonction de ses différentes branches. (Chiffres du tableau : évolution par rapport à 2016).

La transformation rapide de l’utilisation des moyens de communication (VOIP) et la concurrence (opérateurs virtuels) forcent les différents secteurs à s’adapter et à proposer de nouvelles solutions.

Le groupe a fait des investissements faramineux dans les infrastructures de « Global Data Center[2] » et gère avec le programme « Nexcenter » plus de 140 Datacenter répartis à travers le monde dans 19 pays. NTT commence cependant à être concurrencé dans ce domaine par les grandes entreprises des GAFA comme Amazon. Dans ce secteur, l’entreprise se démarque par une volonté forte de trouver des solutions afin de réduire la consommation électrique de ces gouffres énergétiques.

NTTDans le domaine des câbles de transport de données sous-marins, NTT dispose d’une capacité prodigieuse de plus de 8,9 Tbps[3] dont 5 Tbps entre les US et le Japon et de 2 Tbps entre le Japon et l’Asie. L’entreprise dispose de ses propres câbles et des services exclusifs d’une société de dépose de ces câbles en haute mer, pour le moment, car ces services pourraient être vendus par la suite aux GAFA. NTT se présente également comme un des pionniers dans le développement des services de contrôle des réseaux physiques par virtualisation, le   Software Defined – Wide Area Network (SD-WAN), évolution majeure des télécommunications. Dans le domaine des VPN[4], NTT dispose enfin de plus de 196 « point of presence » (PoPs).

Pour sa veille stratégique, l’entreprise surveille constamment ses concurrents comme les opérateurs virtuels[5] et les potentiels nouveaux entrants comme les fabricants de hardware qui voudraient élargir leur offre dans le domaine des Data Center. Leur stratégie dans ce domaine est basée sur l’expansion internationale et le rachat de compagnies performantes. Elle s’emploie également à conserver une avance concurrentielle sur les nouveaux acteurs en valorisant ses compétences et savoir-faire. Enfin, un des plus gros handicaps concurrentiels demeure la division de NTT en plusieurs branches imposée par l’Etat. Par exemple, le client d’un opérateur télécom concurrent  peut souscrire une offre globale pour l’internet fixe, le forfait mobile et les différents services associés, ce qui n’est pas possible pour un client NTT qui devra souscrire un contrat différent par service.  

[1] Références : http://www.fortune.com/global500/
[2] Référentiel centralisé, physique ou virtuel, destiné au stockage, à la gestion et à la diffusion de données et d’informations.
[3] Tbps : Térabits par seconde, soit un débit de mille milliards de bits (1012) par seconde.
[4] « Virtual Private Network », en français « Réseau Privé Virtuel ».
[5] Opérateurs qui ne possèdent pas de concession de spectre de fréquences ni d’infrastructure de réseau radio propres, qui contractent des accords avec les opérateurs mobiles possédant un réseau mobile et les infrastructures. 

Rédacteurs : Etienne-Marie REMY et Gabriel VIDAL, étudiants du Mastère Spécialisé® Management de Projets Technologiques, promo 2017