Fukushima
Présentation des réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima

La gestion de crise et des situations extrêmes : l’exemple de la centrale Fukushima

Le 11 mars 2011, le Japon subit un séisme de magnitude 9, sans précédent. Les réacteurs s’arrêtent alors de fonctionner selon les protocoles mis en place, entraînant alors la perte accidentelle d’alimentation électrique et la mise en route automatique des générateurs d’électricité de secours de la centrale, afin de continuer à refroidir le combustible radioactif. Cependant une heure plus tard la centrale est frappée par un tsunami provoqué par le tremblement de terre et atteignant à certains endroits plus de trente mètres de haut. Les groupes électrogènes submergés s’arrêtent alors de fonctionner entraînant ainsi l’arrêt des systèmes de refroidissement des réacteurs et de la piscine de refroidissement des combustibles irradiés.

Fukushima

Vue aérienne du site de Fukushima

La centrale de Fukushima Dai-ichi (une des quatre situées sur la côte nord orientale) possède 6 réacteurs, trois d’entres eux étaient en service et fonctionnaient à pleine puissance, les réacteurs 1, 2 et 3, les autres étaient à l’arrêt pour maintenance. Sans possibilité de refroidissement, les cœurs des réacteurs en cours d’utilisation, mais aussi les combustibles usagés, entreposés dans les piscines de ces trois réacteurs ainsi que le réacteur 4, subissent une augmentation critique de leur température entraînant la fonte du combustible, des incendies puis l’explosion des réacteurs concernés. Les incendies et explosions survenues dans les réacteurs sont à l’origine de la destruction des infrastructures et entraînent alors le rejet massif d’effluents radioactifs gazeux puis d’effluents radioactifs liquides.

Cet incident nucléaire est le plus grave survenu au XXIème siècle, il est classé au niveau le plus élevé sur l’échelle internationale des évènements nucléaires (INES), même niveau que l’accident de la centrale de Tchernobyl en 1986.

La visite du site de Fukushima
Fukushima

Compteur Geiger de la gare de Fukushima

Dès la sortie du train à Fukushima, un compteur Geiger, affiche 0.0073 mSv (millisievert). Une dose minuscule, mais qui instaure une certaine atmosphère. Après la présentation du site, de la gestion de la crise et de la phase de décontamination, nous montons dans un bus direction la centrale nucléaire. Alors que les compteurs portables grimpent (des doses toujours sans danger) nous pénétrons dans une zone arrêtée dans le temps, la nature reprenant ses droits. Des supermarchés déserts, des stations-service délabrées, des racines qui commencent à recouvrir les voitures laissées à l’abandon… . Nous arrivons à la centrale et mangeons à la cantine avec les employés du site. Du riz, des légumes en provenance de la région. Tous ayant été contrôlés un par un pour détecter des traces éventuelles de radioactivité. L’état tente aujourd’hui de relancer l’économie locale… . Visite de la centrale en bus avec un petit compteur Geiger individuel : un paysage de béton, quelques traces du tsunami de 2011, un passage éclair au pied des réacteurs qui émettent encore quelques radiations, avec toutes les explications qui s’ensuivent avant de retourner à notre point de départ. Un rapide scanner pour vérifier que nous n’avons pas été irradiés, puis retour au train qui doit nousramener vers Tokyo.

La décontamination du site

TepcoAu lendemain de la crise de Fukushima, les autorités ont engagé toutes les ressources disponibles afin de limiter les risques d’emballement des réacteurs nucléaires et la prolifération des matières radioactives. Dans cet élan, l’entreprise Tepco a mis en place 4 programmes destinés à rendre le site de Fukushima propre et sain à l’ horizon 2020 :

  1. Sortir et traiter le corium présent dans le cœur des réacteurs 1, 2, et 3.
  2. Sortir les combustibles présents dans les piscines d’entreposages
  3. Collecte et mise sous sac plastique de 10 cm de terre sur l’ensemble du site de la centrale. Traitement de ces déchets.
  4. Entreposage en cuves des eaux de ruissellements arrivant sur le site de Fukushima. Traitement de ces eaux contaminées.

Aujourd’hui, les projets 2 et 3 sont en passe d’être terminés.

Tepco

Présentation dans les locaux de l’entreprise Tepco

Le projet 4 est actuellement « maitrisé », et réduit à l’entreposage de 144 m3 d’eau par jour. De par l’hydrologie du site, de forts cours d’eau passent sous la centrale de Fukushima. Lors de ce passage, ces derniers se chargent en tritium (matière radioactive). En accord avec le gouvernement, l’entreprise Tepco a choisi de stocker ces eaux, et de ne pas les laisser s’écouler dans l’océan. Aujourd’hui, le volume d’eau recueilli est limité grâce à l’installation d’un mur de glace d’une dizaine de mètres de profondeur, tout autour des réacteurs nucléaires 1, 2, 3 et 4. Si nous comparons la dose en tritium présente dans les eaux captées, avec celle rejetée et autorisée en France, les doses présentes à Fukushima sont faibles. Le désir de ne rejeter aucune dose dans l’océan provient d’un engagement de l’entreprise Tepco afin de rassurer les populations.

Le véritable challenge auquel doit faire face l’entreprise Tepco aujourd’hui est celui de l’extraction et du traitement du Corium. Le corium est un magma hautement radioactif provenant de la fonte du réacteur nucléaire ainsi que de ses combustibles. Sur le site de Tchernobyl, les autorités ont choisi de laisser ce dernier dans le confinement du réacteur, et de recouvrir l’ensemble du réacteur avec un sarcophage métallique. Sur le site de Fukushima, la stratégie est différente. En effet, Tepco souhaite à horizon 2020 sortir le corium des cœurs des réacteurs et de le traiter pour le rendre inerte. L’aboutissement de ce projet serait un véritable exploit pour l’entreprise et une véritable avancée technique pour le monde du nucléaire.

Rédacteurs : Alain COULOMB, Benoit MOREAU et Bordan PETRYNKA, étudiants du Mastère Spécialisé® Management de Projets Technologiques, promo 2017